Rendez-vous avec Pascale Risbourg
Dans cette interview exclusive, Pascale Risbourg nous livre sa vision d’un art capable de réenchanter le réel, de résister aux normes et de laisser place au hasard, au trouble et au rêve dans un monde souvent saturé. Découvrez comment elle continue, avec persévérance et intuition, à réinventer notre rapport au monde.

1/ Quelle est l’émotion ou le message principal que vous espérez transmettre à travers vos œuvres ?
À travers mes créations, j’essaie de transmettre une idée de liberté et de remise en cause . J’aime penser que l’art peut rendre la vie plus intense, plus joyeuse, parfois même plus légère face à ce qui nous entoure. Mon travail cherche à révéler la poésie cachée du quotidien, à montrer que tout peut devenir matière à imaginer, à détourner, à réinventer.
2/ Comment avez-vous trouvé votre voie artistique, et quels moments clés vous ont façonné en tant qu’artiste ?
Je crois que ma voie s’est construite très tôt, dans un univers où l’imaginaire et la scène étaient omniprésents. Grandir entre un père magicien et une mère excentrique et un gout prononcé pour l’art sous toutes ses formes , a nourri mon goût du mouvement et de la métamorphose. La création de ma première pièce, le sac transformable en robe “Fête express” en 1989, a été un moment fondateur : j’y ai compris que je voulais abolir les frontières entre art, mode, design et objet du quotidien.
3/ Dans quelle mesure votre vision artistique a-t-elle évolué depuis vos débuts ?
Ma vision a évolué vers toujours plus de liberté avec pour dénominateur commun : la créativité. Au départ, je travaillais principalement autour du vêtement et de l’objet transformable. Puis mon travail s’est étendu aux papiers peints, à la céramique, au mobilier, à la sculpture ou encore aux installations. Aujourd’hui, je considère que chaque médium est un terrain d’exploration possible. Ce qui reste constant, en revanche, c’est mon envie de détourner les codes et de faire dialoguer esthétique, émotion et usage.
4/ Y a-t-il un thème récurrent ou une idée qui revient souvent dans votre travail, et pourquoi est-il important pour vous ?
Oui, il y a sans doute cette idée de transformation permanente. Transformer un sac en robe, des fleurs mortuaires en objets vivants, une toile de Jouy classique en décor érotique contemporain… J’aime déplacer les frontières et troubler les évidences. Je suis également très attachée à l’idée que le hasard et l’accident participent à la création. Une œuvre ne doit jamais être figée ; elle doit rester vivante, ouverte, mouvante.
5/ Comment la relation avec votre public influence-t-elle votre création, si cela est le cas ?
Je ne crée pas pour répondre à une attente précise, mais j’aime l’idée que le spectateur découvre plusieurs niveaux de lecture dans mon travail. Certaines œuvres demandent qu’on s’en approche, qu’on prenne le temps de regarder autrement. Ce dialogue silencieux avec le public est important pour moi : il permet à chacun de projeter sa propre histoire, son imaginaire ou son humour dans l’œuvre.
6/ Pouvez-vous nous parler d’une œuvre que vous vendez actuellement, et pourquoi elle a une signification particulière pour vous ?
Mes céramiques occupent aujourd’hui une place très particulière dans mon travail. Elles représentent pour moi une rencontre entre le dessin, la matière et le corps. Travailler la terre demande un engagement physique total, et le résultat final reste toujours en partie imprévisible à cause du feu. J’aime cette idée qu’une œuvre garde une part d’accident et de mystère. Ces pièces incarnent aussi une forme d’équilibre fragile entre rigueur géométrique et la fragilité de la gravité.
7/ Quelles sont les difficultés que vous rencontrez en tant qu’artiste, et comment les surmontez-vous ?
La plus grande difficulté est sans doute de toujours se remettre en question. La liberté artistique est exaltante, mais elle oblige aussi à recommencer sans cesse, à accepter le doute, l’échec, l’insatisfaction. Mon processus créatif est très exigeant : je pousse une idée jusqu’à la déconstruire complètement avant de la reconstruire. Ce qui me permet d’avancer, c’est la persévérance et l’intuition. Je ne lâche rien tant que je n’ai pas trouvé l’équilibre juste.
8/ En tant qu’artiste exposée chez RART, que pensez-vous de l’idée de l’art comme réponse aux pressions du monde moderne ?
Je pense que l’art est plus nécessaire que jamais. Dans un monde très normé, rapide et souvent saturé d’images standardisées, créer est une manière de réintroduire de la sensibilité, du trouble, du désir et du rêve. L’art permet de réenchanter le réel, de déplacer les regards, de résister aux cases et aux automatismes. Pour moi, il ne s’agit pas seulement d’une échappatoire, mais d’une façon de réinventer notre rapport au monde.

Ses œuvres sont à retrouver jusqu'en août au sein de la galerie RART à Evian, ou en ligne sur notre site.
À bientôt,
RART Galerie
Date : 22/05/2026