Rendez-vous avec Umami
Inès Angelini, fondatrice du studio Umami, transforme la céramique en une expérience sensorielle et émotionnelle, cherchant à apporter apaisement et réconfort au quotidien. Son parcours atypique, marqué par une reconversion du droit vers la création et profondément inspiré par la lumière méditerranéenne, a donné naissance à une esthétique où la matière organique rencontre l'ancrage familial, comme en témoigne son emblématique Vase Méditerranée. À travers son travail exposé chez RART, elle défend l'idée d'un art lent et poétique, véritable réponse aux pressions du monde moderne, où chaque pièce devient un lien indestructible entre les générations et les souvenirs.

1/ Quelle est l’émotion ou le message principal que vous espérez transmettre à travers vos œuvres ?
À travers mes œuvres, je cherche avant tout à transmettre une certaine sensibilité. J’aime l’idée qu’elles puissent toucher, apaiser, réconforter. Je les imagine comme des pièces qui viennent habiter un intérieur et faire partie de la vie d’une maison.
C’est d’ailleurs pour cela que le nom Umami s’est imposé. Comme la cinquième saveur en gastronomie, il évoque quelque chose de profondément émotionnel, presque de l’ordre de la madeleine de Proust. J’aime penser mes objets comme des présences du quotidien : des pièces avec lesquelles on vit, auxquelles on s’attache, que l’on garde et que l’on transmet.
2/ Comment avez-vous trouvé votre voix artistique et quels moments clés vous ont façonnée en tant qu’artiste ?
Mon parcours a été assez atypique puisque je ne viens pas d’un milieu artistique. J’ai d’abord étudié le droit, même si j’ai toujours été profondément attirée par l’univers de la création. Pendant mes études, je passais plus de temps à composer des tableaux d’inspiration sur Tumblr puis Pinterest qu’à travailler mes cours.
Cette sensibilité existait déjà à travers la lecture, la mode, la musique, les images. Puis, un peu par hasard, je me suis inscrite à un cours du soir de céramique. Et là, j’ai immédiatement compris que c’était un médium qui me permettait d’exprimer quelque chose qui sommeillait en moi depuis très longtemps.
Le véritable tournant a été la naissance de ma première fille. C’était une période de grands bouleversements, parfois difficile, mais aussi profondément libératrice. Devenir mère m’a paradoxalement donné plus de force. Comme si le fait d’être responsable d’un enfant m’avait permis de m’assumer pleinement en tant que femme et de m’autoriser enfin à prendre ce chemin artistique.
3/ Dans quelle mesure votre vision artistique a-t-elle évolué depuis vos débuts ?
Elle évolue constamment, même si je reste profondément fidèle à ce qui m’a construite : le Sud de la France, la Méditerranée, la lumière, la mer. J’ai grandi entourée de ces paysages mais aussi de références artistiques comme Cocteau, Picasso ou encore Capron.
Tout cela reste très ancré en moi. Mais avec le temps, je me fais davantage confiance. J’essaie aujourd’hui de créer sans attendre un retour immédiat, sans chercher à plaire à tout prix. Je pense que c’est justement dans cette forme de liberté que naissent les choses les plus sincères.
Un autre moment très important a été mon voyage au Japon. Leur rapport à la céramique, aux émaux, au temps long, a profondément marqué mon travail. Cela m’a donné envie d’explorer davantage la matière et d’affirmer plus clairement l’identité d’Umami.
4/ Y a-t-il un thème récurrent dans votre travail ?
Oui, très certainement celui du Sud et de la Méditerranée. Même lorsque les formes, les terres ou les émaux évoluent, on retrouve toujours cette même sensibilité solaire, organique et minérale. C’est une esthétique qui fait partie de moi.
5/ Comment la relation avec votre public influence-t-elle vos créations ?
Je peux réaliser des pièces sur mesure, mais elles doivent toujours résonner avec mon univers. Mon processus créatif est très instinctif : si un sujet ne me touche pas, je suis incapable de le traduire en objet.
Il faut qu’il y ait une rencontre entre la vision du client et la mienne. Une influence mutuelle, presque naturelle. C’est à cette condition que la création peut prendre vie.
6/ Pouvez-vous nous parler d’une pièce qui a une signification particulière pour vous ?
La pièce la plus emblématique de mon travail est sans doute le Vase Méditerranée, avec ses chaînes en céramique.
Je l’ai créé à une période où j’accompagnais énormément mon grand-père, qui souffrait de la maladie de Charcot et qui a été une figure fondatrice dans ma vie. Nous passions beaucoup de temps ensemble, notamment en mer. Lorsqu’il n’a plus été capable de retourner sur son bateau, j’ai eu envie de créer une pièce qui lui rappelle cet univers méditerranéen auquel il était profondément lié.
Les chaînes symbolisent à la fois l’ancrage et le lien. J’aimais aussi l’idée que cette céramique, une fois cuite, devient extrêmement solide — au point que l’on puisse porter le vase par ses chaînes. Pour moi, cela représentait quelque chose d’indestructible : ce lien familial qui traverse tout.
7/ Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez en tant qu’artiste ?
Ma plus grande difficulté n’est pas tant liée au fait d’être artiste qu’au fait d’être une femme et une mère.
J’essaie chaque jour de concilier le développement d’Umami avec ma vie de famille et le temps que je veux consacrer à mes enfants. Ce temps-là est précieux parce qu’il ne se rattrape pas.
En parallèle, il faut continuer à créer, à se renouveler, à insuffler de l’énergie au projet. Vivre de sa passion est une immense chance, mais cela demande aussi beaucoup d’investissement émotionnel. Il y a toujours cette peur de l’éphémère, cette envie de faire durer ce que l’on construit.
Trouver un équilibre entre ces différentes dimensions est parfois exigeant, mais c’est aussi ce qui donne du sens à tout cela.
8/En tant qu’artiste exposée chez RART, que pensez-vous de l’idée de l’art comme réponse aux pressions du monde moderne ?
Je pense que l’art est une forme d’apaisement. Il permet de ralentir, de contempler, de remettre un peu de poésie dans un quotidien qui va souvent trop vite.
La céramique, en particulier, est liée au temps long. Chaque pièce demande de la patience, de l’attention, du silence parfois. Et cela va complètement à contre-courant du rythme actuel.
C’est pour cela qu’être exposée dans une galerie qui défend cette vision me touche particulièrement. Je trouve important aujourd’hui de remettre en avant des objets porteurs de sens, de matière et d’émotion.

Ses œuvres sont à retrouver jusqu'en août au sein de la galerie RART à Evian pour l'exposition VIBRATIONS CHROMATIQUES, ou en ligne sur notre site.
À bientôt,
RART Galerie
Date : 06/05/2026